lecture du mercredi

une divagation littéraire et la découverte d’un ouvrage ou d’un auteur

9 septembre 2020 — Lecture de Registre des faibles, 43 chants de Fabiano Alborghetti, traduit de l’italien par Thierry Gillyboeuf
Le registre des faibles est une oeuvre poétique compacte, cohérente et dérangeante : ses deux aspects si antithétiques, à savoir la radiographie quasi imperturbable, quasi scientifique d’une réalité, et en même temps l’engagement presque compassionnel, presque compatissant, de cette même réalité transformée en bref fragment rythmique, cohabitent dans ces textes, blessent et caressent à la fois. La blessure n’est pas celle, injurieuse, de la simple condamnation indignée ; la caresse n’est pas celle, mielleuse, d’une absolution trop facile et indolore. Lucidité et compassion se tempèrent et se stimulent mutuellement ; le lecteur en absorbe la voix et, plus précisément, le chant. Mais c’est une voix qui incise, un chant qui interroge : une voix et un chant que Fabiano Alborghetti est allé chercher dans des endroits dangereux et effroyables, en risquant encore une fois de se perdre. Mais il a su au contraire réémerger et ramener à la surface ce Registre des faibles ; aussi étrange que cela puisse paraître, il s’agit malgré tout d’un geste d’espoir, d’un geste d’amour.
éditions d’en bas
23 septembre 2020 — Lecture de Nous avons de pluie assez eu de Erica Van Horn, traduit de l’anglais par Cléa Chopard
Les courts textes qui composent Nous avons de pluie assez eu sont autant de petits morceaux d’une vie dans la campagne irlandaise. En ornithologue peu avisée, Erica Van Horn traque les oiseaux croisés au hasard, ainsi que leurs interactions involontaires avec la société humaine : la fierté de celui ou celle qui aura aperçu « la première hirondelle », au moment du retour de ces oiseaux ; l’agacement des habitants face à leurs voitures, maisons et meubles de jardin couverts d’excréments ; un pigeon mort qui devient une représentation de l’absence…
Avec légèreté et délicatesse, Erica van Horn propose un recueil ornithologique inattendu, poétique, où il ne s’agit pas tant de reconnaître les oiseaux que de les observer dans leurs rencontres improvisées avec les humains.
éditions Héros-Limite
21 octobre 2020 — Lecture de Les désemparés de Jérôme Meizoz
La faille de vivre, qui ne la connaît pas ? Sur la fragilité et l’incertitude des vies, ce livre s’égrène comme une suite de scènes et de portraits. Les récits brefs portent sur les moments et les lieux où basculent des personnages laissés pour compte.
Quelle place reste-t-il pour ce qui, en nous, palpite et refuse de se soumettre aux exigences du monde diurne ? Que deviennent celles et ceux qui ne peuvent s’insérer dans le rythme de nos sociétés ?
Les désemparés qui hantent les villes nous renvoient aux étranges misères de la réussite. Passants pressés, c’est à peine si nous osons lire nos propres désarrois dans leurs yeux.
«Ne riez pas : mettez vos noms sur leurs visages.»
éditions Zoé
28 octobre 2020 — Lecture de Absolument modernes! de Jérôme Meizoz
Absolument modernes ! est la chronique caustique et navrée de la modernité suisse des années 1970 et 1980 : le pari sur la croissance illimitée, le culte du marché et de la technique. Entre satire et récit intime, un certain Jérôme Fracasse conte les Trente Glorieuses traversées par son père, ouvrier convaincu de l’«avenir radieux». Documents, slogans et tracts d’époque autant que souvenirs de famille dessinent une période exaltée et ambiguë : la construction de l’autoroute du Rhône, l’ouverture des supermarchés, le règne de la télévision et de la voiture, le développement massif du tourisme dans les Alpes.
La croyance heureuse du père dans le «régime des promesses», la volonté de s’arracher à un passé de pénurie et le tourbillon de la société de consommation : tels sont les grands traits de cette fresque où drôlerie et gravité sont indissociables.
éditions Zoé
Lecture de Strates de Kathleen Jamie, traduit de l’anglais (Écosse) par Ghislain Bareau — plusieurs épisodes. 
Jamie fait le lien entre les épreuves bouleversantes de l’âge moyen, le monde naturel et les communautés perdues dans ces essais subtils et merveilleux. – Alex Preston dans The Guardian
Editions La Baconnière
1/2 — 4 novembre —Strates de Kathleen Jamie, traduit de l’anglais (Écosse) par Ghislain Bareau
2/2 — 11 novembre —Strates de Kathleen Jamie, traduit de l’anglais (Écosse) par Ghislain Bareau
18 novembre 2020 — Lecture de Dans l’intervalle des turbulences de Heike Fiedler
Ce n’est certes pas un vrai bain que Lina venait de prendre ce matin-là, peut-être un bain d’images, ça oui. En résumant à ses hôtes l’histoire de la rencontre fictive à La Barca, elle s’arrête net dans son récit. Les autres l’ont remarqué aussi : elles sont là, assises autour de la table en granit, qui cohabitait déjà à l’époque avec l’arbre tout près. Elles discutent et elles sont… au nombre de quatre exactement… Elle repart à Genève avec le sentiment d’avoir vécu, symboliquement, l’histoire d’une rencontre qui l’accompagne depuis plusieurs années maintenant.
éditions Encre Fraîche

Prochaine lecture: le 25 novembre 2020