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Le
passage du lecteur
C’est sous cette
appellation que seront groupés dorénavant
toutes les lectures du Théâtre du Sentier.
Depuis plus de dix ans c’est bien de cela qu’il
s’agit : voyager d’un lieu à l’autre,
à travers le pays et la littérature contemporaine.
A chaque station : installer
son décor minimaliste, lire puis échanger
des impressions autour d’un verre, démonter
et continuer le chemin comme le colporteur (passeur de cols),
qui crée des liens.
Lire et écouter.
Acteur-lecteur est une
ramification du métier d’acteur, une manière
de retrouver un théâtre de la proximité
par une simplicité d’approche et une multiplication
des lieux de rencontre.
Parler de proximité,
c’est créer un tissage serré entre les
auteur(e)s, les auditrices et les auditeurs, les maisons
d’éditions, les libraires, les bibliothécaires,
les enseignant(e)s, les médias.
Bilan des lectures en 2011
1985 auditrices et auditeurs
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Quelques
autrices et auteurs lus les saisons dernières:
S. Corinna Bille, Marie Ndiaye, Georges Haldas, Nicolas
Bouvier, Agotha Kristof, Fleur Jaeggy, Charles-Ferdinand
Ramuz, Cécile Beauvoir, Etienne Barillet, Isabelle
Eberhardt, Frédérique Pajak, Nicolas Couchepin,
Ella Maillard, Ferdinando Camon, Mariela Mehr, Henri Deblue,
Klaus Merz, Alice Rivaz, Jacques Roman, Kurt Marti, Jerôme
Meizoz, Markus Werner, W.G. Seebald, Paul Nizon, Robert
Walser, Pascal Quignard, Oscar Peer, Yves Bonnefoy, Alberto
Nessi, Erica Pedretti, Fernando Pessoa, Jean-Marie Lovay,
Yvette Z’Graggen, John Berger, Cesare Pavese, Bernadette
Richard, Torgny Lindgren, Fabio Pusteria, Sylviane Dupuis,
Anna Maria Ortese, Giorgio Orelli, Urs Karpf, Samuel Beckett,
Daniel Maggetti, Nicolas Meienberg, Nathalie Sarraute, Mathis
Zschokke, Bernard Comment, Henri Michaux, Yusuf Yesilöz,
Friedrich Dürrenmatt, Luc Marelli, Christophe Gallaz,
Pascal Nordmann, Rose-Marie Pagnard, Amélie Plume,
Daniel de Roulet, Marie Gaulis, Thomas Hürlimann, Pascal
Rebeter, Lucile Laveggi, Gilbert Pingeon, Serge Bourjea,
Jean-Luc Benoziglio, Anne Weber, Bernard Jean, Valérie
Rouzeau, Raymond Federman, Jean Echenoz, Sonia Ristic, Valérie
Mrejen, Julia Sørensen, Corinne Desarzens, Charles-Albert
Cingria, Eugène Savitzkaia, Herman Burger, Cécile
Beauvoir, Oliver Rohe, Catherine Fuchs, Pierre-Alain Tache,
Anne Perrier, Philippe Jaccottet, Yves-André Donzé,
Michel Layaz, Valérie Godel, Honoré de Balzac,
Chahla Chafiq, Karel Capeck, et beaucoup d'autres.

Interview
réalisé par l’écrivain Garcia
Villa-Rebos après la lecture de son livre « La
mallette rouge » à la bibliothèque
de St Prest.
Garcia Villa-Rebos
Claude Thébert vous dites avoir commencé votre
métier d’acteur en 1967 à Aix en Provence,
dans une pièce de François Billetdoux : « Silence
l’arbre remue encore ».
Aujourd’hui en 2011 vous lisez dans une bibliothèque.
Avez-vous quitté la scène ?
Claude Thébert
Pas du tout. Pour moi c’est le même métier
qui se poursuit en complémentarité. Je continue à jouer
sur les scènes de Suisse Romande, en France et en
Belgique. Mais je cherche aussi un rapport plus direct
avec le public. Je devrais dire avec les gens.
G V-R
Est-ce vraiment le même métier ?
C T
Oui. Pour moi oui. Il ne s’agit pas comme on l’imagine
souvent d’ouvrir un livre et de lire devant les gens.
Je pourrais le faire mais il s’agit pour moi d’entreprendre
tout un travail sur le texte. Comment à rendre la
pensée de l’auteur, son style, le phrasé du
texte. Un auteur propose une expérience par son
récit et c’est cette expérience qu’il
faut faire parvenir.
G V-R
Mais n’est-ce pas difficile et frustrant de lire
pour un si petit public ?
C T
Oui et non.
Difficile ? Oui, parce que les gens sont là,
très proches, éclairés et je perçois
toutes leurs réactions : que ce soit dans une
salle de classe, une bibliothèque, une maison de
quartier, une galerie de peinture ou parfois dans la rue
où le public est plus indiscipliné. Il s’agit
de convaincre, sans effet, sinon les gens se rétractent.
Frustrant ? Non, parce que je cherche ce rapport dialogué.
Je laisse la liberté à l’auditrice, à l’auditeur
le soin de créer sa propre mise en scène,
d’éprouver en toute liberté ses émotions
et je peux les percevoir. Je pourrai lire dans un théâtre
de 600 ou 1000 places. Avec les nouvelles technologies
c’est possible. Mais là je tiens à cette
proximité, à cette relation humaine.
G V-R
J’avoue qu’effectivement je me suis senti libre,
détendu et concerné. J’ai pu fermer
les yeux, rêver. J’ai découvert mon
texte sous un autre angle. J’ai eu l’idée
même de changer des mots, certains enchainements
d’idées.
Mais dites-moi : 40 personnes c’est peu, non ?
C T
C’est beaucoup quand je lis dans un appartement,
dans une salle où je regroupe deux classes.
G V-R
Et pourtant, il y a un décor, des éclairages,
les livres de l’auteur et quelques-uns d’autres
auteurs que vous avez déjà lus, ailleurs ?
C T
Le décor est nécessaire pour la concentration.
Il faut un objet poétique pour voiler le quotidien,
un objet en apparence simple mais qui est mûrement
réfléchi par le scénographe Gilles
Lambert avec lequel je collabore depuis 30 ans. Pour la « Vie
errante », lecture-récital de Yves Bonnefoy,
j’ai un décor spécifique qui est né d’une
réflexion à partir de son œuvre complète.
G V-R
Qu’est-ce qui vous paraît essentiel dans cette
démarche ?
C T
La souplesse, la légèreté, l’échange
(c’est pour cela que je me déplace avec une
petite librairie : pour la discussion après
la lecture).
On parle beaucoup de médiation aujourd’hui.
Je la pratique depuis 20 ans.
Et en plus j’ai horreur du vide. Alors quand je ne
suis pas en train de tourner un film ou de jouer un spectacle
dans un théâtre je peux organiser un tournée
de lecture. Je trouve cet aspect du métier passionnant
et c’est plus facile que d’organiser une tournée
avec un spectacle de 20 comédiens.
G V-R
Si ce n’est pas indiscret, combien de personnes rencontrez-vous
par année ?
C T
Ça dépend. Cette année 2011, j’ai
lu pour 1985 personnes. Mais j’ai beaucoup joué dans
les théâtres cette année. En 2010,
c’était plus de 4000 personnes.
G V-R
Est-ce que vous avez à faire à un public
de Théâtre ?
C T
Non. Sauf si je lis dans une petite salle d’un théâtre.
Sinon, j’investis des lieux qui sont familiers aux
gens qui leur appartiennent : maisons de quartiers,
salles des fêtes, bibliothèques, librairies – on
en a parlé. Par contre, dans ces lieux-là,
je lis devant des personnes qui me disent après : « c’est
la première fois que je vais au théâtre ».
G V-R
Et bien, merci Claude Thébert et bonne route ou
plutôt bons sentiers puisque votre théâtre
s’appelle Théâtre du Sentier.
C T
Oui, c’est ça. Merci à vous et bonne écriture.
Je suis assez fidèle aux auteurs que je lis. Alors
j’attends.
G V-R
C’est noté.
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