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George
Haldas: un itinéraire

Photo: © Marie-Pierre Theubet
Claude
Thébert chemine sur les textes de Haldas
La Tribune de Genève, 2 sept. 2000 - Françoise
Nydegger
Périple / Le comédien colporte l’écrivain
jusqu’à Morges, en quatorze étapes
Mais qu’estce qui le pousse ainsi sur les routes?
A le voir tirer sa charrette, ahanant sous la charge, on
peut se demander si Claude Thébert est bien raisonnable.
Pourquoi se rendre à Morges pareillement chargé,
et en s’arrêtant quatorze fois en route? Pour
le comédien, il n’y a rien là de bien
surprenant: la charrette abrite un décor escamotable,
les étapes hors des sentiers battus servent à
lire des textes de Georges Haldas, et la marche, une évidence.
Le comédien s’est donc glissé dans la
peau d’un camelot pour colporter, de bibliothèque
en bistrot et en château, les textes de l’écrivain
genevois. «Haldas est un rôdeur et moi aussi.
Il a développé une forme d’écriture
qui me fascine par sa régularité, sa continuité
et sa quotidienneté. Quand j’ai eu envie de
lire ses textes en public, l’idée de le faire
lors d’une marche s’est imposée. Car
la marche implique une certaine lenteur, une persévérance.
Elle permet des rencontres, des relations humaines, un thème
cher à Haldas. D’ailleurs, quand je lui ai
parlé de ce projet de parcours pédestre et
littéraire, il m’a tout simplement dit: «Vous
avez tout compris!»
Choix libre
Claude Thébert s’est longuement préparé
pour ce périple. Pas tant au niveau physique, car
l’homme est un grand arpenteur. Il s’est surtout
imprégné de l’oeuvre. Pendant plus de
trois mois, il a lu six à sept heures par jour, jusqu’
à 52 ouvrages. L’écrivain lui ayant
laissé toute lattitude pour faire son choix, Thébert
a fait une première sélection, équivalent
tout de même à trente-cinq heures de lecture.
Il a ensuite procédé à des coupes successives
pour arriver à vingt, puis finalement à quatorze
heures. Que le public se rassure, le comédien ne
pratique pas la lecture marathonienne. Chaque jour, il lira
une petite heure, et chaque fois, les textes seront différents.
A Versoix, où il a fait étape au Café
Cartier, la soirée s’est prolongé fort
tard. «Les gens adorent qu’on leur lise des
textes. Et j’adore que ces lectures provoquent des
discussions autour de l’écrit, discussion qui
partent rapidemment sur le sens de la vie. la soirée
dure alors le temps que les gens présents en ont
envie, et je ressors parfois un bouquin…»
Décor escamotable
Chaque jour, Claude Thébert marche entre cinq et
dix kilomètres, musardant comme bon lui semble. Lorsqu’il
arrive à bon port, le comédien campe le décor.
Il déplie alors cette charrette, spécialement
conçue par le scénographe Gilles Lambert.
Elle se transforme en une petite estrade accueillant un
coin de bistrot, avec chaise, table et rideau finement brodé
à l’arrière. Tout ceci pèse lourd.
Plus de 100 kilos. Car la bête abrite encore dans
ses entrailles les livres de Haldas et les affaires du comédien.
«Je commence à détester la table de
bistrot, plus particulièremen son pied en fonte,
qui doit bien peser 30 kilos à lui tout seul»,
soupire théâtralement le marcheur.
Avant de reprendre sa route, Claude Thébert s’amuse
devant son chargement à roues. «Je ne sais
pas au-devant de quelles aventures je vais. A plat, ça
va à peu près, quand ça monte, c’est
impossible, et quand ça descend, ça devient
dangereux…» Heureusement, de nombreuses personnes
croisées en chemin lui donnent un coup de main lorsqu’une
petite côte se présente, ou lui font le salut
de l’amitié. D’autres le renseignent
sur l’itinéraire
à prendre lorsqu’il est perdu. Car ce grand
dévoreur de livres ne sait pas lire une carte de
géographie.

Rolle
/ Périple pédestre et littéraire
La
Côte, 8 sept. 2000 – Isabelle Dufour
Les coteaux malmènent les muscles de Claude Thébert
A trois jours de marche de Morges, le comédien prend
conscience du côté physique de l’écriture
de Haldas. Au propre comme au figuré.
Rolle. Jeudi matin. Il ne désire pas encore tirer
un bilan de cette aventure. La chute du film n’est
pas encore tombée. Le sens de l’histoire encore
incertain. Mais les dix jours de marche et de lecture sont
déjà gravés dans les muscles de Claude
Thébert. «Physiquement, c’est dur»,
admet l’acteur-lecteur-marcheur, parti le lundi 28
août de Genève pour rallier Morges à
pied. En effet, le décor qui constitue son attelage
tiré à bras pèse quelque 120 kilogrammes.
«C’est un choix de ne pas suivre le littoral,
mais si de l’exposition des coteaux découle
le bon vin, les montées sont pénibles pour
le dos. Les descentes pour les cuisses…»
Une manière de se retrouver au coeur de la relation
A chacune des étapes quotidiennes, les lectures tirées
de l’oeuvre de Georges Haldas ont déplacé
une trentaine d’auditeurs au minimum. «A Nyon,
on a accueilli quatre-vingt personnes», annonce Anne
Terry, de la Librairie du Pavé. «Georges Haldas
était lui-même ému par cette lecture.»
Mais qu’est-ce qui déplace les foules? Cette
démarche à contre-courant, sans doute. «Plus
on se meut à un rythme naturel, plus vite est possible
la relation avec l’autre» constate Claude Thébert.
Et de livrer: «la marche et la lecture sont des excellents
prétextes à la relation». Les réactions
et les commentaires à l’issue de ces moments
de partages traduisent l’attachement du public pour
Georges Haldas: «en parlant des gens qu’il côtoie,
l’écrivain décrit la vie de chacun»,
explique encore Claude Thébert, qui rejoint aujourd’hui
Bougy-Villars. Quelques réflexions à chaud?
«Il y a dix jours que je marche et je vois toujours
le jet d’eau de Genève!» ou encore: «la
ville, pour les gens jusqu’à Begnins, c’est
Genève. A partir de Bursins, c’est Lausanne.
N’y aurait-il pas une correspondance entre la géologie
du lieu et l’esprit des gens qui y habitent?»
La question reste ouverte… Il semblerait que les bisons
qui jouxtent Cointrin aient même fait la haie d’honneur
au drôle d’attelage.

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