|
Si Dieu
était suisse de Hugo Loetscher

Photo: © Mario del Curto
Dieu
n’aurait pas encore créé le monde s’il
avait été Suisse
Le Courrier, 4 sept. 1997 - Francine Collet
Sous la houlette d’Anne-Marie Delbart, Claude Thébert
et Marie Perny prêchent à travers la ville
Si Dieu était Suisse…
de Hugo Loetscher.
Si Dieu avait été Suisse, le monde serait-il
ce qu’il est? Pas sûr! Car, comme tout bon Helvète
qui se respecte, il attendrait toujours et encore le moment
propice pour agir. Si Dieu avait été Suisse,
le monde n’existerait donc pas. Et les Suisses non
plus. Mais il fallait la talentueuse plu\me acérée
du Zurichois Hugo Loetscher pour faire cette éblouissante
démonstration, certes absurde, mais ô combien
émaillée de vérités, bonnes
ou mauvaises à dire en ces contrées de neutralité.
Familier de La Bâtie depuis quelques éditions,
le Théâtre du Sentier s’embarque cette
année pour une nouvelle tournée à travers
la ville avec ce texte de lécrivain alémanique.
Claude Thébert, accompagné d’une Marie
Perny estampillée «typiquement suisse»
- accordéon, tresses, chapeau, tablier et tralalaoutis
– prêche donc Si Dieu était
Suisse… du haut d’une petite estrade
surmontée d’un grand cadre.
Ce spectacle itinérant repose entièrement
sur le texte, divisé en plusieurs petits récits,
le comédien jouant quant à lui – mais
avec une heureuse modération – le rôle
de l’Helvète authentique, fier de sa suissitude
égayée de géraniums, analysant le comportement
de ses concitoyens ou faisant part, avec une certiane fierté,
de ses expériences à l’étranger.
Si le spectacle parvient en une heure à faire le
tour des diverses facettes du texte de Hugo Loetscher, il
laisse toutefois le public sur sa faim. Le choix de certains
récits, comme par exemple l’ascension de la
statue de la Liberté, provoque en effet une désagréable
chute de la tension narrative. Un seul remède à
cette légère frustration: se jeter dans la
lecture de Si Dieu était Suisse…
, édité en français chez Fayard.

Et tant
pis pour l’Helvétie!
Journal de Genève - Alexandre Demidoff,
5 sept. 1997
Claude Thébert promène en ville les vérités
désagréables d’Hugo Loetscher
Qu’est-ce qui fait le bonheur au théâtre?
Un acteur maître de son art, une parole qui griffe
et qui fait mouche et un public aux aguets. Ce sont ces
trois conditions qu’ont réunies le metteur
en scène Anne-Marie Delbart et l’acteur Claude
Thébert en présentant Si Dieu
était Suisse…, d’après
un recueil de perles noires signé Hugo Loetscher.
Rencontrer le public
Le règle du jeu? Jouer à la tombée
de la nuit dans un lieu chaque fois différent et
insolite. Et prendre ainsi le risque de l’imprévu:
être coupé, par exemple, dans son élan
par l’aboiement intempestif d’un chien, comme
Dimanche passé à l’Hôtel de Ville
de Genève; ou encore sentir l’attention du
spectateur un instant par une brève ondée
ou par le passage d’un peloton groupé de touristes,
comme l’autre jour à la promenade de la Treille,
mais déployer le théâtre dans les parcs
ou les cours d’école, c’est surtout rencontrer
un public pluriel et peu soucieux de l’étiquette:
à l’Hôtel de Ville, ce sont des patineurs
du Dimanche ou des jeunes pères de famille hissant
leur progéniture sur les épaules, ou encore
un couple d’amoureux en sandales et à moitié
couchés sur les dalles. Et tous de chercher ce jour-là,
dans l’enceinte solennelle, une place de choix: qui
sous les voûtes, qui à l’étage,
qui sur les bancs. Histoire de profiter d’un tableau
d’Helvétie qui met en perspective quelques
qualités bien de chez nous.
Car tout est affaire de tableau dans la mise en scène
d’Anne-Marie Delbart: l’acteur apparaît
d’abord significativement derrière un cadre
vide en bois massif, posé sur l’estrade. Comme
pour souligner l’opération à venir:
le renversement d’un certain nombre de paysages tout
faits, le dénudement des mythes qui, avec le temps,
ont fini par imprimer leurs images dans la mémoire
collective. La carte postale est d’ailleurs d’emblée
exhibée: un armailli à la robe fleurie (Marie
Perny excellente) fait chanter sur scène son accordéon,
le jodler n’est pas loin. Claude Thébert peut
alors, en bon jardinier, arracher et exhiber la mauvaise
herbe qui tapissse les vertes prairies d’Helvétie.
D’un sécateur diablement efficace.

Claude
Thébert , passeur de village en village
24
Heures, sept. 1997 - Emmanuelle Ryser
A Vidy, sous chapiteau , le Théâtre du Sentier
présente Si Dieu était Suisse….
Rencontre avec l’interprète d’Hugo Loetscher
«Si le Bon Dieu avait été Suisse, il
serait toujours en train d’attendre le moment favorable
pour créer le monde.» La boutade d’Hugo
Loetscher est tirée de son recueil Si
Dieu était Suisse…, acte d’autoflagellation
helvétique drôle et subtil, dont le Théâtre
du Sentier présente quelques extraits en tournée.
Claude Thébert, qui les interprétera à
Vidy avec la complicité musicale de Marie Perny,
s’avoue de nombreuses affinités avec les critiques
de l’auteur zurichois.
«Loetscher n’énonce pas de vérités,
explique le comédien. Il constate et questionne plutôt
qu’il ne donne des réponses. Il ne fait pas
de caricature, par contre il n’hésite pas à
utiliser des clichés qu’il traite de façon
tendre et humoristique.» Pour être drôle,
les mots de Loetscher n’en sont pas moins grinçants.
Le portrait qu’il dresse des Suisses n’est pas
très reluisant. «Il faut être honnête,
commente Claude Thébert. C’est comme quand
vous vivez avec quelqu’un, quand ça ne va pas,
il faut le lui dire. Ne rien dire est un manque de respect.
Critiquer l’autre, c’est lui montrer qu’on
s’intéresse à lui. De plus, Loetscher
s’inclut dans ses critiques, il n’adopte jamais
un ton supérieur.» Si Claude Thébert
est en accord avec Hugo Loetscher, il ne s’identifie
pas pour autant à l’écrivain. «Mon
rôle est celui d’un passeur. Sur scène,
je ne fais que transmettre les paroles de l’auteur.
Après la représentation, par contre, je me
tiens à la disposition du public pour parler de ses
oeuvres. Chaque fois que je vends un livre de Loetscher,
j’ai l’impression de faire un travail citoyen.»
«Le Théâtre du Sentier, c’est la
volonté de trois personnes de marquer leur envie
de théâtre. Anne-Marie Delbart, Gilles Lambert
et moi sommes en quelque sorte une «force d’intervention
rapide», explique Claude Thébert. Notre mot
clé est la disponibilité. Notre unique condition
est de pouvoir jouer partout, grâce à un décor
facilement démontable et transportable. C’est
une contrainte technique à laquelle s’ajoutent
des contraintes économiques, mais à part cela
nous sommes totalement libres. Nous ne jouons que des pièces
qui nous plaisent. Le Théâtre du Sentier va
ainsi de village en village à la demande du public.
C’est pourtant à Vidy-Lausanne que la troupe
jouera Si Dieu était Suisse…
Dans ce choix de lieu, Claude Thébert ne voit aucune
contradiction: «Notre travail ne s’est jamais
inscrit contre les institutions mais plutôt en complémentarité».

>
retour
|