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Je tiens
à vous dire tout de suite... de Emmanuel Bove

Photo: © Ariane Carro
L’Hebdo
- 9 sept. 1994
Samuel Beckett écrivain seul et déséspéré,
a dit d’Emmanuel Bove, écrivain seul et déséspéré,
qu’il avait “comme personne le sens du détail
touchant”. De Claude Thébert, jouant seul dans
le Je tiens à vous dire tout de suite…, les
histoires de deux hommes déséspérés,
on pourrait dire à peu près la même
chose: qu’il a comme peu de monde le sens du petit
geste touchant. Qu’il fasse rapidement mouvoir ses
pupilles de gauche à droite, qu’il remette
machinalement un napperon à sa place, ou qu’il
sifflote gentiment pour des oiseaux à travers une
petite fenêtre en bois, et vous avez saisi la détresse
de son personnage, ses angoisses passées et son malheur
futur.
Mais si les gestes de l’acteur sont simples et clairs,
les textes qu’il a interprète, eux, ne le sont
qu’en apparence. Vous les écoutez d’abord
légèrement, croyant avoir affaire à
une simple histoire d’amant trompé par une
ingénue – thème ancien et rabattu –
ou à celle d’un psychopathe qui prend plaisir
à faire souffrir ses proches – thème
récent mais non mois rabattu – jusqu’au
moment où votre vision de la situation commence à
se troubler. Vous vous dites que le premier pourrait bien
être le seul artisan de son malheur, et que le deuxième
ne s’est exilé que parce qu’il l’était
déjà au milieu des siens. Mais de ces intuitions
vous ne pourrez pas être certain. Au bout de chaque
histoire, que l’homme trompé et le fou se soient
détruits eux-mêmes ou que ce soit le monde
qui n’ait pas voulu d’eux, vous ne serez sûr
que d’une chose, c’est que l’un comme
l’autre est seul et déséspéré.
Claude Thébert joue la plupart du temps dehors, à
chaque fois dans un lieu différent, avec une grosse
boîte à tout faire pour unique décor.
Peut-être pour évoquer la vie de ces hommes
perdus, comme il nous arrive d’en voir ici depuis
quelque temps, qui n’ont presque plus rien, et qui
finissent dans la rue. Ne croyez pourtant pas que son spectacle
soit déprimant. Ses nonantes minutes passent en trois
quart d’heures, et malgré son propos, on y
rit souvent.

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